Les Arcs – Méribel avec Charlotte Perriand

Placé sous l’angle de l’architecture et de la montagne, le week end de Pâques a été l’occasion rêvée pour les membres de Maisons Privées de découvrir le travail de Charlotte Perriand dans le domaine de l’architecture de loisirs et de l’urbanisme. Fidèle aux principes de l’avant-guerre émis dans la charte d’Athènes, elle expose le principe d’une prise de conscience en faveur d’une architecture responsable et respectueuse de l’intégration à l’environnement.

Passionnée par la montagne qu’elle pratique assidûment, elle réalise en tant qu’architecte des constructions innovantes comme le refuge bivouac en 1936, le refuge tonneau avec Pierre Jeanneret en 1938 et projets d’hôtels en haute montagne.

« Charlotte Perriand participe aux débuts de Méribel dès 1939… avant d’animer l’équipe des concepteurs des Arcs de 1967 à 1989 » extrait de l’exposition de « Charlotte Perriand et la Montagne » que nous vous invitons à découvrir d’ici la fin avril 2008 à la Maison des Jeux Olympiques d’Alberville. Exposition conçue par Pernette Perriand-Barsac et Claire Grangé.

L’aventure des Arcs consista à construire un complexe de 30 000 lits sur trois sites où chaque station est autonome et reliée par une route ouverte en toutes saisons. La station des Arcs répond à un besoin nouveau de loisirs de masse. Le promoteur Roger Godino confie à Charlotte Perriand la coordination d’une l’équipe pluridisciplinaire composée de l’Atelier d’Architecture en Montagne,d’urbanistes, et d’ingénieurs.

Nous remercions tout particulièrement Monsieur Guy Rey-Millet de l’Atelier d’Architecture en Montagne (AAM), cabinet qui a travaillé sur les Arcs 1600, 1800 et 2000 avec Charlotte Perriand, pour son accueil, et pour la visite que nous avons faite avec lui des Arcs 1600.

Nous avons pu découvrir la fameuse résidence « la Cascade » (1968-1969) qu’il réalise avec Charlotte, exemple emblématique d’une architecture à la fois novatrice et qui s’intègre à l’environnement. Avec des toitures aux pentes douces l’hiver celles-ci disparaissent sous la neige. Le bâtiment épouse la pente sans jamais dépasser les 4 étages. Les terrasses ne se superposent pas de manière à être baignée au soleil, elles sont décalées vers le nord ce qui au rez-de-chaussée, mettant à l’abri de façon à permettre le passage des piétons!

La résidence « Versant Sud » que Charlotte Perriand réalise avec Gaston Regairaz de l’AAM (1969-1974) suit le même principe ; prise dans la pente, elle nous offre une représentation réussie d’une construction qui ne laisse pas entrevoir la partie basse. Les immeubles sont disposés de manière à éviter les vis-à-vis entre logements, terrasses surélevées et isolées.

Cette réflexion d’architecture et d’urbanisme donne le ton des Arcs 1600 et lui confère toute sa spécificité par rapport aux Arcs 1800 où l’on trouve déjà quelques bâtiments plus élevés. On y retrouve toujours le travail de l’architecte d’intérieur doté d’une capacité unique pour aménager un espace restreint en conciliant modernisme et rationalisme.

Habitat collectif et aménagement intérieur

Les dix années de collaboration corbuséenne (1927-37) l’ont confortée sur la voie de la modularité de l’espace et de la standardisation. Par goût personnel, Charlotte Perriand trouva aux Arcs un territoire propice à de multiples expérimentations. Préoccupée par le mieux-vivre de la classe moyenne, elle conçoit un logement comme un espace qui communique de l’intérieur vers l’extérieur. Les appartements traversants des Arcs 1600 tout comme les studios des Arcs 1800 (Les Lauzières et Belles-Challes) sont tous fidèles à ses conceptions architecturales; prolongés par un balcon orienté vers la station à l’abri, les chambres sont ouvertes vers l’extérieur. La cuisine est ouverte et séparée du séjour par un meuble bar en bois. Dans le premier immeuble des Arcs 1600, les cuisines sont aménagées avec des plaques émaillées ajustées aux murs ce qui constitue également un gain de temps et d’argent pour la construction. Puis dans les immeubles suivants, et ce dès 1975, elle met au point « des solutions d’industrialisation conçues comme des coques en polyester des cuisines et salles de bains pré-usinées (2 coques assemblées en usine), équipées, montées sur place par grues et raccordées en un temps record » Roger Aujame. Ces techniques de fabrications que Charlotte Perriand est allée mettre au point à Saint Nazaire, sont utilisées pour la fabrication de cabine de bateau.

Vue d\'un duplex-mezzanineTechniques qu’elle reprendra pour la conception des Duplex-mezzanine (Aiguille Grive, 1988) avec baie vitrée de 4m de haut. On y accède par un petit escalier ingénieusement installé sur les meubles de rangement, comme au Japon. Les baies vitrées reflètent le paysage et les façades sont scandées de rideaux aux couleurs primaires avec des balcons aux couleurs bleues qui nous rappellent sa marque.
aménagement intérieur duplex-mezzanine
Le séjour comprend banquette-rangement et tabourets tripodes ainsi que canapé-lit (studio).
Elle réalise des espaces de rangement conçus spécifiquement pour ses espaces normalisés qui nous semblent encore communs de nos jours parce qu’ils ont été plus ou moins bien reproduits. Finalement en s’intéressant au petit détail, on en finit pas de mesurer l’influence de ses apports dans les réalisations d’aujourd’hui…

Le projet de sauvegarde de maisons Privées sur un studio des Arcs 1800

Lire la page consacrée au projet de sauvegarde.

Visite du chalet de Charlotte Perriand à Méribel

Charlotte Perriand fait construire son chalet à Méribel en 1961. Dans un souci de faire corps avec la montagne, elle imagine un chalet dont la simplicité se rapproche plus d’un refuge que d’un chalet résidentiel. La structure de ce chalet pourvue en façade d’imposantes parois de verre avec de superbes gouttières en mélèze, lui confère une ligne intemporelle qui laisse la lumière rentrer.(Voir les photos ci-dessus). D’une centaine de m2, la maison en parait plus en réalité grâce à un aménagement judicieux de son espace ouvert.

D’aspect traditionnel, ce chalet recèle une authentique modernité, tant par sa distribution que pour son équipement rationnel. Il est divisé en deux zones nettement séparées. Au rez de chaussée nous sommes attirés par une cheminée en contrebas entourée de banquettes avec un sol constitué de dalles de granit. Le premier étage destiné à l’habitation est recouvert de tatamis où se trouvent les lits qui peuvent s’isoler avec un système de cloisons amovibles. La relation intérieur-extérieur est privilégiée par l’existence d’une terrasse abritée, toujours propice à la méditation empreinte de la culture japonaise (Charlotte Perriand a séjourné et travaillé au Japon de 1940 à 1942, puis entre 1953 et 1955). Avec une adaptation contemporaine de matériaux traditionnels, le chalet est une réponse réussie à l’encontre d’un style « pseudo authentique » en vigueur aujourd’hui.

Les commentaires sont clos.